De
toutes les façons à commencer par des remembrances (je tente le mot), des
archives poussiéreuses, de vieilles correspondances jaunies… où voulez-vous que
ça mène ? Bah alors…
Je
cherchais dans les vieux papiers… importe peu d’ailleurs ce que j’y cherchais.
Je suis donc tombé parmi des classeurs pleins à craquer de justificatifs de
déclarations d’impôts, sur une petite traduction dont je ne gardais plus depuis
longtemps le moindre souvenir. Il faut dire que 1996 ne fut pas une bonne
année. (Non, ma Reine, l’annus horribilis – j’oserai pas. Même si
c’est bien l’expression qui convienne.)
En
tout cas, voici des mois que je répète à qui veut bien l’entendre, et surtout
aux autres, que voilà, pour la première fois en traduction française, et
Matios et Zaboujko et Jadan…
Approchez –
approchez, mesdames et messieurs !
Le
grand Jadan pour la première fois en français.
Tandis
que déjà l’Europe toute entière s’en délecte sans remords * !
D’habitude
là je commence « Les grands sites industrielles meurent comme meurent les
dinosaures… » Ensuite c’est selon. Soit je passe à M. Ling, le photographe
de Vienne, qui est une « ville de culture morte, et non d’industrie morte !
», soit, si l’écoute ne peux visiblement pas être très longue directement au
passage du « Coca Cola ». Un masterpiece. Dont je vire les
prostitués. Parce que lorsque l’on ne connait pas leur origine, elles viennent
là comme le premier cheveu blanc sur une soupe de tomate.
Jadan,
je pourrai en parler des heures. D’ailleurs c’est ce que je fais.
Il
faut que tu réduises drastiquement ta consommation de Jadan, papa, dit ma fille, attentionnée.
Ça fait des années que je la soûle avec Jadan.
jadan, jadan, jadan. spam, spam, spam…
Attention
: l’abus de Jadan peut être nocif pour votre santé.
Consommez
avec modération.
Alors
que Zaboujko pas du tout. Elle a beau se démener, fourrer des scènes porno un
peu partout (vous vous souvenez de la fellation que fait la petite Juive pas
sympathique au beau nationaliste oukraïnien dans l’abri des montagnes ?**) – nada.
Pas
subversive pour deux balles.
Mais
bon.
…et
alors ce qui m’a tout particulièrement fait plaisir, c’est que Zaboujko, qui me
recommande comme traducteur, ignore apparemment alors ma qualité de « fisd
». Je dis ça surtout à cause de « Alexander ». Même mon père n’aurait pas osé. Séquence émotion, donc, séquence souvenir :
«May, 9, 1996
Dear Mr. Liehm,
I hope I am not too late with my essay. As we agreed,
it’s in Ukrainian, but I don’t think you will have problems with finding a
translator. I know there’s a rather big Ukrainian community in Paris (with the
weekly of their own called “Ukrains’ke Slovo”), and I’ve heard a lot of nice
things about the guy from their editorial board who have already completed
(they say, successfully) a number of translations of modern Ukrainian writings.
His name is Alexander Pliushch (French spelling may be different from the
English one), and his office phone and fax number is 4695 11 60 (I apologize at
advance in case you find that my recommending him to you goes beyond my
commitment, but, being aware of the complexity of my language, I can’t be but
concerned about the quality of the French version of my text). ...» ***
Evidemment
Antonin Liehm écrivait : « Le problème est qu’on a besoin de la traduction …
pour la semaine prochaine.»
Cela
dit quatre petites pages, ce n’est pas « A la recherche du temps perdu »
non plus (traduction oukraïnienne – Anatole Perepadya).
Ni
l’intégrale de l’œuvre de Rabelais (trad.– Perepadya).
Ni
même les « Essais » de Montaigne (même jeu)…
Ils
avaient intitulé la chose « Ma Moldavie – La Moldavie dans le dialogue
culturel de l’Europe ». Et le texte de Zaboujko porte bien sûr lui aussi
sur la Moldavie : « L’Odeur humide et moisie de la cave », le titre est
de l’éditeur.
Je
vais le mettre ici.
Le texte, pas l’éditeur.
P.S. Trouvé la brochure. Un peu d'humour tchèque. Ou slovaque. Enfin qu'importe.