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mercredi 9 octobre 2013

Taras Chevtchenko

  Archives Mazepa Nonante Neuf











Cinq pièces traduites par Louis Aragon
 

Taras Chevtchenko - Marianne

traduit par Emile Durand (1876)
Archives Mazepa Nonante Neuf

Taras Chevtchenko - Hamalia - Гамалія

Archives Mazepa Nonante Neuf

Dans la traduction du baron Adolphe d'Avril    (1896)

Taras Chevtchenko - Testament - Заповіт


Archives Mazepa Nonante Neuf
Як умру, то поховайте
Мене на могилі
Серед степу широкого
На Вкраїні милій,
Щоб лани широкополі,
І Дніпро, і кручі
Було видно, було чути,
Як реве ревучий.
Як понесе з України
У синєє море
Кров ворожу... отойді я
І лани і гори —
Все покину, і полину
До самого Бога
Молитися... а до того
Я не знаю Бога.
Поховайте та вставайте,
Кайдани порвіте
І вражою злою кров’ю
Волю окропіте.
І мене в сем’ї великій,
В сем’ї вольній, новій,
Не забудьте пом’янути
Незлим тихим словом.

Traductions françaises de Kaléna Uhryn, Roger Tisserand, Alain Desroches, Eugène Guillevic aidé par M. Wladislaw Pelc, Charles Steber, Henri Abril et V. Follet. Et maintenant celle de Viktoria Koulykova.

Ainsi qu'une traduction anonyme, tirée de l'Anthologie de la Littérature Ukrainienne jusqu'au milieu du XIX s. Paris, 1921.



jeudi 21 mars 2013

Mutisme et amnésie. 2. Au fil des pages arrachées





Rencontres franco-oukraïniennes au fil des siècles
Seconde partie : Au fil des pages arrachées

 

Тотчас после заседания, в буфете театра Chatêlet, куда повели меня русские знакомые для представления Тургеневу некоторые из русских литераторов заметили ему, что он слишком уже много авансов дал французам. – "Да ведь они другого языка не понимают, – оправдывался Тургенев, – и никаких иностранных литератур не ценят и не знают" – тут же расказал анекдот о том, как В. Гюго в разговоре с ним смешал драмы Шиллера и Гете.
Mykhaïlo Drahomanov
Воспомининия о знакомстве с И. Тургенев
Au buffet du Congrès littéraire de Paris, 1878

La littérature oukraïnienne. Le nom est bizarre ; l’auteur, homme très distingué, a préféré ce nom à celui beaucoup plus connu de littérature petite russienne.
Ivan Tourguénieff
A la tribune du Congrès littéraire de Paris, 1878


Pourquoi discutez-vous avec moi ? Discutez avec le Petit Robert.
 Simone Signoret 
 Polémique autour de "Adieu Volodia".



Dès que j’ai eu l’honneur de lui être présenté, disais-je, je racontais à Maria Matios l’anecdote du mutisme oukraïno-hugolien. Mme Matios arrivait a-phone, sans voix, pour tout dire muette au Festival des Littératures Européennes de Cognac en ce novembre indigo 2012.

Le millésime de cette année avait pour devise...

jeudi 31 janvier 2013

Un vieux tract du Comité Mazepa99


Encore quelques mots sur l’attitude de la France officielle vis-à-vis de mon pays natale, l’Oukraïne.

Une citation.
Il y a aussi un problème. Il ne faut pas se tromper. Le démembrement de la Russie… C’est-à-dire le fait que l’Ukraine est indépendante… qui est… Je dis souvent en France… Je ne sais pas si… C’est comme si le Rhône-Alpes était indépendant. N’est-ce pas ? Valéry Giscard d’Estaing, le 8 février 1993.
Arrogance impériale… noblesse d’Empire.

vendredi 14 décembre 2012

Carte de visite


Bibliographie des traductions de l'oukraïnien au 1 juillet 2015
Carte de visite de 2006 retrouvée en novembre 2012

Il faut sans doute que je me présente, me suis-je dis en créant ce blog. Plutôt que de m’astreindre à la tache pénible d’écrire une autobiographie, j’ai recherché ce qu’il était possible d’apprendre sur moi dans les vastes espaces d’internet. En voici le résultat, complété par mes soins.

Je suis donc le fils de ma mère et de mon père. Dont acte. Et père de ma fille. Mon plus grand bonheur sur cette terre. Je suis aussi le petit-fils de mon grand-père maternel, mais l’internet l’ignore pour l’instant. Il me faudra un jour combler cette lacune. Ce qu’il ignore aussi est que mon arrière-arrière-grand-père était le chokhet (le boucher rituel) de l’une des communautés juives de la ville de Kyiv, ville où je suis né au milieu de siècle dernier. Comme l’écrivait le très tendrement aimé Leonid Kissyelyov : « Je suis un poète de la seconde moitié du vingtième siècle ».

Les deux catastrophes majeures de ce siècle maudit sont passées sur mes aïeux de leurs bulldozers de mort. J’ai nommé le génocide oukraïnien (dont l’épisode le plus connu est le Holodomor – un « détail » comme on dirait en France). Et la Choah, la Catastrophe du judaïsme européen. Il n’est donc pas étonnant que je considère ceux qui les nient comme mes ennemis personnels.

Cela dit il me faut préciser que je ne suis pas Juif, en tout cas pas selon la halakha, la loi religieuse juive, mais que je l’aurai été d’après les lois nazis, ceux de Nuremberg.

Je suis athée. Tout en étant très respectueux de toutes les religions. A une exception près : le satanisme. Et notamment deux de ses formes récentes – le bolchevisme et le nazisme. Voir plus haut.
 * * *

Avec Andreï Amalrik, 1977
Les informations que l’on trouve sur l’internet ne sont pas toujours exactes (euphémisme). Mais parfois tout en étant exactes elles peuvent prêter à des interprétations erronées.
Ainsi sur des sites consacrés à la littérature oukraïnienne vous pourriez apprendre que Oleksïy (Oles est le diminutif de ce prénom) Pliouchtch était un écrivain médiocre, qu’après avoir écrit quelques œuvres en prose sans grand intérêt, il s’est suicidé en 1907. Je est un autre. Toujours vivant bonnant mallant.  

En 2004, lors de la glorieuse Révolution Orange, un groupe de journalistes de la radio « Echo de Moscou » avaient créé un faux média électronique prétendument oukraïnien qui comptait parmi ses collaborateurs un certain Oles Pliouchtch. Amateur de mystifications moi-même – parmi mes personnages préférés de la littérature oukraïnienne au premier rang le sublime Edward Strikha – je n’ai aucun reproche à faire à Alexandre Pliouchtchenko qui avait pris ce pseudonyme. Je n’ai jamais collaboré avec aucun média russe. (En fait si, je m’en souviens maintenant. J’ai traduit un temps pour la revue « Glasnost » de Grigoriants. Lorsque l’on distribuera les décorations à ceux qui ont détruit l’Union Soviétique, il faudra que je pense à réclamer ma médaille en chocolat.)

Il y a encore ce récit du premier président oukraïnien, je veux dire le second premier président, L. Kravtchouk, au sujet de son rôle de saboteur de la reconstitution de l’Union Soviétique  : « A tout hasard je décidais qu’à la rencontre des chefs d’états qui devait se tenir dans la salle Guéorguiévsky au Kremlin j’enverrais à ma place Pliouchtch et Masliouk. Sans droit de signature, bien sûr. » Je ne suis ni l’un ni l’autre.

A propos de pseudonymes. Pour éviter l’ombre portée de mon père j’ai toujours demandé à ce que l’on publie mes traductions sous un nom d’emprunt. Le seul texte paru dont je sois l’auteur aussi d’ailleurs. Après avoir transféré sa rédaction de Munich à Kyïv la revue « Soutchasnist » baissa le niveau de ses exigences quant à la qualité des textes qu’elle publiait et fit paraître « Ignou » (inspiré de Allen Ginsberg). Mon pire pseudonyme : Igor Noud’ha. Choix d’autant plus malheureux qu’il existe un écrivain oukraïnien qui porte ce nom. Mais je l’ignorais à l’époque. « Ignou » fut traduit du français par Anatole Perepadya (le Anatole Perepadya, oui-oui).

…Preuve que les demi-dieux de la traduction font eux-aussi des erreurs : dans une première version Perepadya avait interprété le mot « mandala » comme « mandale ». Il avait rendu ce mot par le mot oukraïnien «стус» (stous – coup de poing).


Mes premières traductions littéraires sont celles des poésies de Vassyl Stous. Juste après sa mort. Son assassinat. Encore longtemps après je fus rongé par un terrible sentiment de culpabilité : nous aurions pu le sauver. Je l’affirme haut et fort : il aurait fallu être un peu plus persévérant alors, un peu plus agressif dans nos actions pour que les bolchéviques n’osent pas le tuer. C’est une certitude douloureuse. Nous, la communauté oukraïnienne de France, étions las. Nos misérables petites manifestations ne produisaient apparemment aucun effet. Souvent les CRS qui « protégeaient » l’ambassade soviétique étaient dix-vingt fois plus nombreux que les manifestants. Et nous n’avons à aucun moment usé de violence… 

Cela me fait penser à un épisode amusant. La manif avait été organisée au « mauvais moment » : la France recevait en grande pompe un quelconque salopard soviétique très haut placé. Nous aurions pu – pensaient-ils – de nos petites voix fluettes gâcher l’impression favorable de l’accueil chaleureux réservé au cher hôte. Deux ou trois paniers à salade avaient suffi à transporter tous les manifestants dans un commissariat. Non pas le plus proche, mais celui qui se trouve à côté du Grand Palais, je ne sais pas pourquoi. C’est étrange, mais je portais le portrait de Stous à cette manif. Pur hasard : les prisonniers politiques oukraïniens se comptaient par dizaines à l’époque et les portraits bricolés la veille étaient nombreux. On devrait pouvoir retrouver les photos dans les archives des agences de presse. L’épisode en question s’était passé au commissariat. Soudain, tandis que nous passions le temps à deviser entre nous, la porte du commissariat s’ouvrit et un grand bonhomme au crâne rasé entra (suivi d’une petite cour). Sans hésiter il se dirigea vers nous, d’un geste d’autorité il repoussa le planton de la main et entra dans la cage pour saluer chaleureusement les fauteurs de troubles. La stupéfaction sur les visages des policiers est une des choses les plus étonnantes que j’ai vues de ma vie. Revenus de leur stupeur ils essayaient de faire sortir l’intrus de derrière les barreaux – le comique était à son comble – mais n’y parvenaient pas, sentant, sans le comprendre, qu’ils avaient devant eux une Autorité bien supérieure à la leur. (Un journaliste avait prévenu Michel Foucault de l’incident près de l’ambassade. Je vous le dis : impressionnant le bonhomme.)


…La honte est sans doute mauvaise conseillère, mais je commençais à traduire Vassyl Stous. Je n’aime pas ces premières traductions. Et le pseudonyme sous lequel ils furent publiés non plus : Olaf Hedera. Ensuite ma grande amie Anne Renoue accepta de traduire en tandem. Ce sont les meilleures traductions de Stous à ce jour. Et le mérite en revient entièrement à Anne. Elle m’a beaucoup appris alors (mais non pas lorsqu’elle fut mon professeur de français au Lycée International de Sèvres). Celles que j’ai faites plus tard – en tant que Alice Kessoss ou Oles Masliouk seul – sont moins bonnes, il me faut le reconnaître, même si mon amour propre doit en souffrir. Il est difficile de juger la qualité de ses propres traductions, ou plutôt il est impossible de le faire lorsqu’il s’agit de poésie. C’est pourquoi je fus ravi d’apprendre que André Jolivet, un peintre breton ignorant tout des questions oukraïniennes, ait aimé les traductions et qu’il a fait une édition pirate et de luxe du cycle « Kostomarov à Saratov ».


Nous sommes le 14 décembre 2012.
Aujourd’hui, dans le cadre du séminaire « L'Ukraine du XIXe au XXIe siècle : Fragments d'une histoire culturelle (oeuvres, figures et lieux) », les étudiants de l’Université de Genève étudient les œuvres de Vassyl Stous « d’après la traduction proposée par la Librairie Oukraïnienne Éphémère ». J’avais à l’époque – en 1999 – collecté toutes les traductions de la poésie oukraïnienne en français que j’ai pu trouver (et pas seulement en français). Je les ai recherché (et trouvé !) dans des endroits les plus improbables. Ainsi le site Mazepa99 proposait pour la première fois (!) depuis leur première publication dans un obscur journal communiste les cinq poèmes de Chevtchenko traduits par Louis Aragon. Les seules traductions vraiment bonnes de Chevtchenko en français, car si l’homme était détestable, il était néanmoins un poète et un traducteur de très grand talent. Un grand bonheur fut de trouver dans le manuel « Parlons ukrainien. Langue et culture. » la traduction d’un poème de Stous par Marie Venhrénivska. Non pas à cause de la qualité exceptionnelle de la traduction, mais parce que c’était la seule traduction où n’avait pas participé Hedera-Kessoss-Masliouk.


…Il y a un mois, ces mêmes étudiants se penchaient sur mes traductions de Mykola Khvylovy. Il faudrait que je raconte un jour comment ce recueil de nouvelles fut mis au pilon par l’éditeur. J’ignore comment à Genève on a pu s’en procurer un exemplaire. Ni à Tchernivtsi d’ailleurs, à l’université duquel  Hanna Kouchniriouk a reçu il y a quelques mois la mention « excellent » pour son travail « Les phénomènes de métaphorisation, de démétaphorisation et de remétaphorisation dans les traductions françaises des œuvres de littérature oukraïnienne (sur l’exemple des traductions des œuvres de Mykola Khvylovy). » Et qui devait, entre autre, « Зіставити метафори з оригіналу новел М. Хвильового та проаналізувати їх передачу Олесем Маслюком при перекладі ». Heureusement que le millepatte ne se demande pas comment il se déplace.
http://olespliouchtch.blogspot.fr/2013/02/khvylovy-pour-tous.html


…La seule de mes traductions de Emma Andievska qui soit jamais paru à ce jour est son « Djalapita ». Dans l’anthologie de M. Joukovsky. (Un professeur d’INALCO qui publie des livres pirates – voilà une histoire « très-oukraïnienne »).


Emma Andievska… Elle est encore plus « химерна » que je ne le suis face au monde de l’édition. Jugez par vous-même : le plus grand écrivain oukraïnien contemporain (c’est ainsi) vit à Munich et fait publier ses œuvres complètes (le cinquième tome est paru l’année dernière) à Bat Yam, une obscure bourgade israélienne, chez un éditeur dont on n’est pas certain qu’il existe réellement. Traduite dans une dizaine de langues (son traducteur en hébreu vit à côté de la centrale nucléaire de Dimona), elle est quasiment inconnue en Oukraïne. J’exagère à peine. Ses admirateurs sont une espèce de secte dispersée sur toute la planète. Se reconnaissant entre eux par des mots et des signes mystérieux. Dites « Djalapita » et vous verrez – si vous tombez sur l’un de nous – les yeux de votre interlocuteur s’illuminer brusquement. Et briller comme les yeux d’un dément. Et cette mésaventure peut vous arriver n’importe où : à New York, à Berlin, à Jérusalem, à Toronto, à Mumbai, à Sidney, à Tokyo et même à Paris. Vous ne me croyez pas, je sais. Et pourtant c’est vrai.

 
Emmanuel Raïs (un « auteur-Gallimard ») a écrit un jour : « Parmi les 5 ou 6 jeunes gens qui constituent (…) deux surtout émergent, qui, s'ils avaient la chance d'une traduction efficace, ne manqueraient certainement pas d'enthousiasmer les lecteurs, même les plus exigeants, de notre époque : il s'agit de Iouri Tarnavsky et, tout particulièrement de Emma Andievska, qui a vraiment créé une nouvelle dimension de la poésie, en alliant, avec une fabuleuse richesse verbale et métaphorique, les acquisitions les plus osées du surréalisme, avec une vision très personnelle des domaines les plus insolites du folklore, comme la sorcellerie et la foire. On retrouve chez cette toute jeune femme des éblouissements d'une profondeur mystique, qu'on chercherait en vain chez maint sage aux cheveux blancs. »
Ce texte est de 1966.











Et si je vous disais où sont parues mes traductions de Tarnavsky…

Il me faut maintenant aborder l’histoire récente d’un marchand de cacahuètes qui se prenait pour un éditeur. Histoire très désagréable et même pénible. Et comme je n’ai pas envie de le faire, je vais plutôt reproduire dans le prochain post la correspondance que j’ai entretenue avec le dit mercanti.