1896 - 2016
Користуюсь оказією і посилаю сеє «не любо, не слушай» через границю,
просячи далі відправити поштою до Вас. А Вас прошу довідатись адреси «La Réforme» або якої іншої французької газети чи журналу
радикального чи соціалістичного напрямку (такої, щоб була не franco-russe) і послати туди, не гаючись, оцю штуку. Попросіть від
мене Ліду переглянути се, чи нема там чого надто варварського. Але відправити я
вже попрошу Вас самих, а то Ліда за різними справами може забути про сю
дрібницю. Спізнилась я трохи з посилкою сею, та коли ж часи у нас тепер nec plus ultra подлі, приходиться
звертатись до спартаковського способу листування. «Да, были хуже времена, но не
было подлей». А все-таки мені хочеться, щоб з Росії дійшов хоч один протест
проти такої профанації поезії і хисту, якої допустилися французи сей рік у
Версалі…
Petit poème en prose, dédié aux poètes et artistes qui ont eu l’honneur de saluer le couple Impérial Russe à Versailles
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| Yevhen Dzyndra, La Fille au livre, 1942 |
Grands noms et grandes voix ! De leur bruit sonore l’univers retentit !.. Certes, la faible voix d’une esclave qui chante n’aura pas la gloire d’attirer l’attention de ces grands demi-dieux à la tête couronnée de lauriers et de roses. Mais nous autres, pauvres poètes des cachots, nous sommes habitués aux chants sans échos, aux prières inexaucées, aux malédictions vaines, aux larmes inconsolées, aux gémissements sourds. On peut tout comprimer hors la voix de l’âme, elle se fera entendre dans un désert sauvage si ce n’est dans la foule ou devant les rois. Et le front qui n’a jamais connu de lauriers n’en est pas moins fier, n’en est pas moins pur, il n’a pas besoin de lauriers pour cacher quelque opprobre. Et la voix qui n’a jamais éveillé l’écho d’or n’en est pas moins libre, n’en est pas moins sincère, elle n’a pas besoin de célèbres interprètes pour se faire bien comprendre.
Or, laissez nous chanter, le chant est notre seul bien, on peut tout comprimer hors la voix de l’âme.
Honte à la lyre hypocrite dont les cordes flatteuses remplissaient d’arpèges les salons des Versailles ! Honte aux incantations de la nymphe perfide qui du chaos des siècles évoquait les ténèbres ! Honte aux libres poètes qui devant l’étranger font sonner les anneaux de leur chaînes librement mises ! L’esclavage est ignoble d’autant plus qu’il est libre. Honte à vous, comédiens, qui des lèvres sacrilèges prononciez le grand nom de Molière qui jadis de son rire mordant rongeait l’affreux colosse érigé pour la France par le feu Roi-Soleil. Le fantôme de ce Roi, si pâle à la veille, a rougi de joie à l’accent de vos chants dans la ville de Paris, cette ville régicide dont chaque pierre dit: à bas la tyrannie ! Malheur aux vieilles villes dont les pierres moisies, les lanternes rouillées et les places étroites sont de grands orateurs et ne savent pas se taire…